L'ambassadeur russe à Beyrouth reçu par le président libanais

27.11.2019

Des sources libanaises font part des concertations entre l’ambassadeur de Russie au Liban et le président libanais, estimant probable la formation du nouveau cabinet Saad Hariri.

Selon l’agence de presse Mehr News qui cite le journal en ligne Elnashra, l’ambassadeur de Russie au Liban, Alexandre Zasypkine, a exprimé les positions de Moscou concernant les dernières évolutions politiques au Liban.

Après une rencontre avec le président libanais, Michel Aoun, l’ambassadeur russe a annoncé que la Russie restera toujours aux côtés du Liban. Moscou ne lésinera sur aucun moyen « pour réaliser tout ce que lui demande le Liban dans les conjonctures délicates qui se présentent », a-t-il affirmé.  

Les évolutions en cours au Liban et les relations bilatérales Moscou-Beyrouth ont ainsi été au centre des entretiens Zasypkine-Aoun.

Le journal libanais Al-Akhbar a rapporté que le président Aoun affirme avoir été encouragé par les délégations étrangères et par les Européens pour trouver une solution rapide à la crise et former un nouveau gouvernement.

Le rapport d’Al-Akhbar précise :

« Ayant assez des hésitations de Hariri, Michel Aoun a confié à son entourage qu’il n’allait pas trop attendre et qu’il serait prêt à la formation d’un nouveau gouvernement sans consentement voire sans participation de Saad Hariri. Le président Aoun a affirmé qu’il donnerait quand même une dernière chance à Hariri pour adhérer sans toutefois faire perdre du temps au processus en cours. Michel Aoun a annoncé que le nouveau gouvernement aurait de lourdes responsabilités y compris celle de la punition de tous ceux qui ont entraîné le pays vers le précipice, d’un point de vue politique, sécuritaire et économique. »

Al-Akhbar écrit que c’était la personne même de Saad Hariri qui a envoyé un chauffeur chercher l’ancien ministre Bahige Tabbara avec qui il a ensuite parlé pendant une heure et demie.

« Hariri a demandé à Tabbara d’aller à la rencontre du président du Parlement, Nabih Berri, de l’assistant du secrétaire général du Hezbollah, Hossein al-Khalil, et du ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (proche de Berri). Hariri a même confié à Tabbara une liste de ses ministres favoris. Tabbara a aussi rencontré le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil. Lorsque Saad Hariri s’est aperçu que le choix de l’Alliance du 8 Mars se portait plutôt sur Bahige Tabbara et pas sur lui, le Premier ministre démissionnaire a commencé à faire obstacle à la création du nouveau gouvernement. », souligne al-Akhbar.

Plus tôt vendredi 22 novembre, l’ambassadeur de Russie au Liban, Alexander Zasypkine, avait dénoncé « le rôle perturbateur joué par les États-Unis au Liban ».

« Ce que nous voyons au Liban aujourd’hui, c’est le rôle subversif des États-Unis dans ce pays et rien d’autre », a déclaré M. Zasypkine, cité par le journal en ligne Elnashra.

« Il y a des puissances étrangères qui veulent profiter des manifestations en cours au Liban pour mettre en œuvre leurs objectifs », a estimé l’ambassadeur.

Ces déclarations constituent fort probablement une réaction aux dires de l’ancien ambassadeur américain au Liban, Jeffrey Feltman, lequel avait prétendu le 20 novembre que « la Russie pourrait faciliter la restauration de l’hégémonie syrienne sur le Liban, au moment où le pays du Cèdre connaît un mouvement de contestation populaire inédite contre le pouvoir politique accusé de corruption ».  

Cité par le journal L’Orient le Jour, l’ancien ambassadeur américain au Liban, Jeffrey Feltman, qui a également occupé de hauts postes au sein de la diplomatie US et de l’ONU et qui est actuellement expert invité au centre Brookings, a aussi affirmé : « Les manifestations actuelles au Liban ne sont pas à propos des États-Unis et nous devons éviter tout ce qui peut détourner l’attention vers les États-Unis. Mais le résultat de ces manifestations pourrait affecter les intérêts américains positivement ou négativement. »

Feltman a prétendu que la Russie « pourrait être ravie de faciliter la restauration de l’hégémonie syrienne sur son petit voisin [le Liban], surtout en tant que couverture pour ses propres objectifs au Liban ».

Les déclarations américaines interviennent alors que le Hezbollah a dénoncé l’attitude des ambassades des pays occidentaux de vouloir confisquer le mouvement de contestation et de renverser le pouvoir.

Dans ce contexte, un haut responsable du département d’État américain, David Hale, également ex-ambassadeur au Liban, a confirmé le 6 novembre que la Maison-Blanche avait gelé depuis l’été dernier son aide militaire au Liban.

Maintenant, certaines sources estiment probable que Washington offre de nouveau une aide à l’armée libanaise, à condition que cette dernière prenne ses distances avec le Hezbollah.

Source :Press Tv