Elena Chichkina – Le plan de déportation des habitants du Donbass est authentique

29.11.2019

La députée du parlement de la République Populaire de Donetsk (RPD), Elena Chichkina, a analysé la lettre mentionnant le plan de déportation des habitants du Donbass qui aurait été envoyée par le secrétaire du Conseil National de Sécurité ukrainien, et a jugé que le document est authentique.

Pour rappel, le 12 novembre, une chaîne Telegram nommée « Joker DNR » a transmis un document PDF contenant la photocopie d’une lettre qui aurait été écrite par le secrétaire du Conseil National de Sécurité Ukrainien (CNSU), Alexeï Danilov, proposant un plan de déportation de la population du Donbass une fois que l’Ukraine aurait repris le contrôle de la frontière.

Je vous remets ici la traduction complète de la lettre :

« Après le transfert du contrôle de la frontière de l’État aux Forces Armées Ukrainienneset au Service national des frontières, il est nécessaire de commencer immédiatement le processus de réintégration et de réukrainisation de la population des territoires occupés des régions de Donetsk et de Lougansk et leur réconciliation avec les autres citoyens d’Ukraine.
Étant donné que la population des territoires occupés des oblasts de Donetsk et de Lougansk a été influencée par la propagande russe et privée d’accès aux médias ukrainiens ces dernières années, la position politique de l’écrasante majorité des résidents des territoires occupés n’est pas pro-ukrainienne.
À cet égard, il est nécessaire de donner aux résidents des territoires occupés la possibilité de quitter le territoire de l’Ukraine et de se rendre en fédération de Russie pour y établir leur résidence permanente dans un délai d’un mois.
Les mesures suivantes devraient être prises à l’égard des résidents des territoires occupés, qui ne voudront pas saisir l’occasion de quitter l’Ukraine après cette période, notamment pour déterminer leur degré de complicité dans les activités des groupes armés illégaux et des administrations d’occupation.
Il est également nécessaire d’établir une liste des personnes qui travaillaient dans des entreprises enregistrées auprès de l’administration de l’occupation et qui payaient des « impôts » au budget de l’administration de l’occupation et de celles qui étaient sous le contrôle des autorités de l’occupation, des entreprises industrielles, des organisations publiques et autres institutions.
Selon le degré de complicité, leur appliquer des mesures pénales, administratives ou éducatives. En vue de réukrainiser les habitants des territoires occupés, les réinstaller dans les régions centrales ou occidentales de l’Ukraine.
Dans le même temps, les personnes déplacées temporairement qui, en 2014-2015, ont quitté les territoires occupés et se sont installées dans les régions de l’Ukraine, sans vouloir se soumettre aux autorités d’occupation, devraient bénéficier de toutes les conditions nécessaires pour retourner sur les lieux de leur ancienne résidence.
Ce sont ces gens, patriotes de l’Ukraine, qui peuvent et continueront à restaurer le Donbass. Ils devraient recevoir tout le soutien matériel et moral nécessaire.
»

Suite à cette fuite, qui a déclenché de nombreuses réactions tant en RPD qu’en RPL, Kiev s’était fait remarquer par son silence, et surtout l’absence de dénégation ferme concernant le fait que les autorités ukrainiennes puissent ne serait-ce qu’envisager un tel plan.

Il aura fallu attendre 10 jours, pour que Danilov daigne enfin commenter ce document devant le tollé que ce dernier provoque, le déclarant comme étant un faux propagé par les Russes. Mais aucune dénégation sur le fait que ce genre de méthode serait inacceptable pour Kiev.

La preuve que ce document est un faux d’après Danilov (et le site Stop Fake) : le fait que l’adresse mentionnée dans l’en-tête ne serait pas la bonne, car la rue indiquée a changé de nom en 2016.

Sauf que comme l’a souligné Elena Chichkina, le changement d’adresse est loin d’avoir été répercuté sur tous les documents à en-tête du CNSU, comme le montre quantité de copies de lettres venant de cet organe gouvernemental présentes sur internet, y compris sur le site Stop Fake (sic).

Cette lettre, datée de juillet 2019, et publiée dans un article de septembre 2019, montre toujours dans son en-tête l’ancien nom de la rue, trois ans après son renommage !D’autres lettres plus anciennes, datant de l’époque ou Tourtchynov occupait le poste de secrétaire du CNSU montrent aussi cette ancienne adresse.

Les seuls documents trouvés qui portent la bonne adresse et qui soient récents, viennent d’autres départements du CNSU que celui du secrétaire, et portent un en-tête un peu différent, commençant par « Апарат » au lieu de « Секретар ».

Et ce changement d’adresse opéré sur les papiers à en-tête des autres départements du CNSU est très récent, car en mars 2019, il contenait encore l’ancienne adresse !

Il semble que le département du secrétaire du Conseil National de Sécurité Ukrainien soit plus lent à mettre à jour son papier à en-tête que le reste de cette institution, et que Danilov lui-même ne sait pas quel est l’en-tête des documents officiels de son administration, comme l’a souligné Elena Chichkina.

« L’ancien nom de rue est utilisé sur des documents de 2019 alors que le nom de la rue a été changé de Komandarma Kameneva à Petra Bolbotchana [en 2016 NDLR] dans le cadre de la « décommunisation ». Les mots de Danilov ne résistent pas à l’examen car il ne sait pas quel papier à en-tête son organisation utilise », a-t-elle déclaré.

Au vu des documents officiels du CNSU largement postérieurs à 2016 et comportant toujours l’ancien nom de la rue où se trouve l’institution, l’argument de Danilov et du site Stop Fake ne tient pas la route.

Le plus comique étant qu’à force de vouloir démystifier tout et n’importe quoi comme étant des fausses informations et de la propagande russe à coup d’information officielle ukrainienne, les « démystificateurs » de Stop Fake ont oublié qu’ils avaient publié dans cet article datant de septembre 2019 la preuve que leur argument ne tenait pas la route. Du grand art au rayon auto-sabordage.

L’autre point problématique souligné par Stop Fake ce sont les initiales du chef de l’administration présidentielle, dont la deuxième lettre serait écrite « à la russe » et pas « à l’ukrainienne ». Sauf que pour rappel, bien que le gouvernement ukrainien cherche à éradiquer la langue russe, tout ce beau monde à Kiev parle tant le russe que l’ukrainien (et d’ailleurs parle souvent bien mieux le russe que l’ukrainien, comme Zelensky).

Et si on regarde d’où vient Alexeï Danilov, le secrétaire du CNSU, on découvre qu’il est né et a vécu dans l’oblast de Lougansk (!!!), c’est-à-dire dans une région majoritairement nativement russophone !De quoi expliquer une potentielle faute de frappe dû au fait que Danilov pense très certainement naturellement plutôt en russe qu’en ukrainien. Pas de quoi invalider donc l’authenticité du document.

Si on regarde maintenant les éléments qui valideraient son authenticité, comme l’a souligné Elena Chichkina, ce plan est daté du 29 octobre, le jour où Zelensky discutait des problèmes de réintégration du Donbass avec des représentants du conseil lors d’un forum à Marioupol, et où le désengagement des troupes et des équipements commençait à Stanitsa Louganskaya. Ces deux événements ont pu être le déclencheur de l’envoi de ce plan.

De plus, ce qui est écrit dans ce plan, n’est que la reprise des nombreuses propositions de déportation (voire d’extermination) de la population du Donbass qui est « pro-russe » que l’on peut entendre ou lire dans les médias ukrainiens depuis le début du conflit, y compris de la part de certains officiels.

Et les personnes qui ont fait de telles propositions publiquement n’ont jamais été poursuivies en justice pour appel à la haine interethnique ou appel à commettre un crime contre l’humanité (car je rappelle que l’épuration ethnique, comme le génocide est un crime contre l’humanité). Si Kiev ne poursuit pas les gens qui émettent de telles opinions criminelles, c’est que les autorités du pays sont d’accord avec eux !

Pour rappel, en 2014, Porochenko lui-même tenait publiquement des propos sans équivoque, disant que les enfants du Donbass resteront dans les caves pendant que les enfants du reste de l’Ukraine pourront aller normalement à l’école !

Ce qui est écrit dans ce plan de déportation de la population du Donbass est dans la parfaite continuité de l’idéologie des autorités ukrainiennes post-Maïdan, et montre, s’il en était encore besoin, que Zelensky suit la route sanglante tracée par ses prédécesseurs, Tourtchynov et Porochenko.

Christelle Néant

Source :Donbass Insider